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Sur les crêtes de Lure (2015) | A l'ubac de Lure (2015) | Boucle 12 Km depuis Peipin (2015)

Boucle Jas de Madame (2013) | Les crêtes de Lure (2013) | Cairn 2000 et panoramas (2012)

Pour en savoir plus sur la montagne de Lure

Toponymie - Géographie - Géomorphologie | Karstification - Accès et voies de communication

Drailles et chemins | Géologie - hydrographie

Types de cours d'eau - Les rivières - Sources fontaines puits et citernes

Glacières - Climat - Vents | Ecosystèmes | Abbaye ND de Lure - Les Charbonniers de Lure - Sources et liens

 

LureLa montagne de Lure est une montagne située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. Elle appartient à la même formation géologique que le plateau d'Albion, qu'elle jouxte, et le mont Ventoux. Cette chaîne s'allonge sur 42 kilomètres de long, culmine au signal de Lure (1 826 mètres) et présente un relief très contrasté entre l'adret calcaire, coupé de combes et de vallons, et l'ubac marneux, où s'accumulent monts et ravins.

Montagne karstique, crevassée d'avens, aux cours d'eau à écoulement épisodique, où la moindre source est précieuse pour les hommes et les animaux, Lure est couverte majoritairement d'une forêt qui reconquiert, peu à peu, les anciens alpages. Sa faune, riche en grands ongulés, est l'une des causes premières du retour du loup qui s'est installé sur place au début des années 2000.

L'histoire de Lure, qui commence avec le Néolithique, se continue avec celle du chastelard de Lardiers lieu de culte et de pèlerinage, qui a été surnommé le Lourdes des Gaulois. La colonisation romaine fut ponctuelle et se cantonna dans les sites les plus fertiles. La période médiévale fut même marquée par l'abandon massif de villages, au cours des XIIIe et XIVe siècles, provoqué tant par les guerres que par l'absence d'eau. Le plus grand événement historique dans la montagne de Lure fut la résistance au coup d'État de 1851. Les habitants, fervents républicains, y prirent une part prépondérante et subirent une lourde répression. Une  tradition de résistance qui se retrouva lors de la Seconde Guerre mondiale, dès 1943, avec la mise en place ici par René Char, chef du service action-parachutage des FFI, de lieux de largage pour le matériel de guerre des avions alliés.

L'habitat de Lure est caractéristique de la Provence avec ses villages perchés regroupant des maisons construites en hauteur, lors des guerres de religion, pour sortir ensuite en plaine, la paix revenue, et se transformer en bastides ou mas consacrés à l'agriculture et à l'élevage sur de vastes surfaces. Sur les terres les plus éloignées furent construits des cabanons, pour faciliter la mise en culture, ou des jas, pour le pastoralisme. Aussi caractéristique de ce type d'architecture, lié à la pierre sèche, est le cabanon pointu, typique de la région de Forcalquier.

Au cours du XXe siècle, l'agriculture a subi une mutation importante. En quelques décennies, son économie basée sur le couple céréales/mouton est passée à celui de lavande/élevage. Cela s'est suivi par une orientation vers une production de qualité tant pour l'huile essentielle de lavande que pour la production d'agneaux ou de porcs, de miel ou de fromage. L'ensemble de ces produits est maintenant protégé par l'INAO, soit par une AOC, soit par un label rouge.

Le tourisme est devenu le nouvel axe économique des communes de la montagne de Lure. Si la station de ski, pour cause de manque récurrent d'enneigement, a dû fermer, son site s'est transformé en lieu idéal pour le ski de randonnée et le ski nordique. La pratique du VTT s'est progressivement développée depuis le milieu des années 1980, en revanche le cyclisme sur route à connu une certaine croissance depuis que Lure a été par deux fois étape du Paris-Nice. Les amateurs, à partir de l'office de tourisme de Saint-Étienne-les-Orgues, ont à leur disposition un matériel qui leur permet de connaître leur temps et leur classement dans le cadre d'un chalenge. En outre, les sports aériens (parapente, vol à voile ou montgolfière) ont le vent en poupe et on assiste au renouveau du thermalisme à Montbrun-les-Bains.

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Toponymie ...

LureLa montagne est désignée comme Montanha de Lura en occitan provençal classique et Mountagno de Luro sous la norme mistralienne. Son étymologie semble à la fois assez proche de celle du Luberon voisin et de Lioure que l’on retrouve dans Barret-de-Lioure, une commune qui se situe à l'ouest de la chaîne. Les toponymistes, dans leur grande majorité, n'ont pas retenu ces deux hypothèses pourtant séduisantes. En effet, si le Louerinos de Strabon est historiquement prouvé pour le Luberon, il ne l’est pas pour Lure où aucune forme ancienne ne s'y rapporte. La seconde hypothèse mérite plus d’attention puisque le toponyme de Lioure est inclus dans la zone de Lure. Une de ses formes les plus anciennes est d'ailleurs Barretum de Lura, attesté en 1274. Mais l'évolution du nom de cette commune, en particulier au cours du XIVe siècle, montre d'autres formes qui attestent plus Libra, un prénom féminin dérivant de Liber, le dieu de vin italique qui fut assimilé à Bacchus et que les Romains honoraient sous le vocable de Liber pater.

Ces deux hypothèses cèdent le pas à une troisième qui fait intervenir un radical préceltique * lurt (terre). C'est l'une des bases lexicales d'une langue préceltique, que l'on retrouve surtout dans le Béarn et le Pays basque. Cette racine se retrouve essentiellement dans des oronymes ou des toponymes signifiant avalanche ou glisse. D'ailleurs, il existe dans les Pyrénées une vallée du Louron et un pic du Lurien.

Au Moyen Âge, la montagne de Lure était souvent désignée par les saints patrons de la cathédrale de Sisteron, montagne de Sainte-Marie, de Saint-Thyrse et de Saint-Marius (ou Saint-Mari).

Pour mémoire, il faut signaler que la commune de Lurs, sise à l'est de Lure, n'a pas une origine identique puisque sa forme la plus ancienne est castro Luris (999) qui provient de Lurius, un nom gallo-romain. Il en est de même pour Lourmarin, dans le massif du Luberon, qui était un Lutzmari (1075) dont l'origine se trouve dans un nom gaulois Leucimara.

Géographie ...

IGNLa montagne de Lure est un massif des Préalpes du sud de la France. Placée à l'intersection des Alpes et la Provence, elle repose sur une vaste dalle de calcaire urgonien tout comme le mont Ventoux et le plateau d'Albion au nord, les monts de Vaucluse au centre et le massif du Luberon au sud. Le crêt formé par le complexe Ventoux/Albion/Lure s'étend sur soixante kilomètres d'ouest en est. La montagne, qui se prolonge à l'ouest vers le mont Ventoux par le plateau d'Albion, est délimitée au nord par le Jabron et confronte à l'est à la vallée de la Durance.

Par sa situation, cet ensemble montagnard marque la limite de l'influence méditerranéenne dans les Alpes du Sud.

Géomophologie ...

LureA l'ouest du département des Alpes-de-Haute-Provence, la montagne de Lure forme une longue crête orientée est-ouest qui appartient à la même formation géologique que le mont Ventoux. S'y rattachent les petites montagnes de Pélegrine et de Sumiou qui la bordent au nord et un paysage de collines au sud, le bassin de Forcalquier. Cette crête Ventoux/Lure est parcourue de failles nord-nord-est en plusieurs points. Ce système de fractures est à l'origine d'un fossé d'effondrement entre Aurel et Montbrun-les-Bains qui coupe en deux la ligne de crête et différencie le Ventoux de Lure.

La montagne se présente sous la forme d'un massif allongé sur quarante-deux kilomètres et dont l'escarpement principal est tourné vers le nord. Orientée est/ouest, cette chaîne est un trait d'union entre la vallée de la Durance et le mont Ventoux dont elle est séparée par le Gour des Oules. Son sommet, le Signal de Lure, culmine à 1 826 mètres. Il est occupé par un relais de transmission.

Lure peut se subdiviser en trois éléments distincts. Son revers méridional, l'adret, qui va des Ferrassières à Châteauneuf-Val-Saint-Donat ; sa crête asymétrique, pelée et pierreuse ; l'ubac, constitué par un ensemble de monts et de ravins qui dévalent vers la vallée du Jabron. Ce qui induit des différences importantes de part et d'autre de la chaîne : « Les formations ouvertes de pelouses, de garrigues et de landes plus ou moins rocailleuses ou plus denses à genêts, occupent néanmoins des espaces étendus, au niveau des hautes crêtes et sur le versant sud. Les espaces agricoles composés de prairies et cultures, occupent également des surfaces importantes à basse et moyenne altitude. »

L'adret est constitué par un anticlinal orienté est/ouest. Il est formé de calcaires du Crétacé dont les couches se sont déposées dans le même sens que le pendage sud. Ce versant est entaillé par des vallons et des combes.

La crête de Lure peut se définir physiquement et morphologiquement. Dans ce dernier cas, on parle d'un crêt constitué d'une corniche formée par des couches calcaires (Barrémien), intercalées entre des calcaires marneux (Hauterivien) et des marnes (Valanginien). Physiquement cet anticlinal, en se déversant vers le nord, prend la forme d'un escarpement de chevauchement.

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Karstification

LureLe karst est une structure géomorphologique résultant de l'érosion hydrochimique et hydraulique de formations de roches carbonatées, principalement de formations calcaires. 

L'ubac abrite un karst typique des Préalpes du Sud. Il est caractérisé par sa discontinuité, du fait des mouvements tectoniques, des variations de faciès et de l’érosion intervenue durant la période du Miocène. Sur l'adret, le paysage karstique semble à première vue peu spectaculaire. Les dolines sont de taille réduite, remblayées par des argiles, les avens apparaissent étroits, peu profonds et difficiles d'accès.

Le système aquifère karstique spécifique au complexe Ventoux-Albion-Lure et monts de Vaucluse pouvant alimenter la Fontaine de Vaucluse a un impluvium d'une capacité de plus de 110 millions de m3 d'eau. Jusqu'à présent les traçages fait en 1974, 1989 et 2004 avaient privilégié les recherches sur les pertes de la Nesque vers la Fontaine. Une injection fut faite, en 2004, dans la doline de Notre-Dame de Lure distante de 56 6 kilomètres de la Fontaine. La vitesse maximale du traceur avait été de 74,6 mètres par heure. En 2005, un nouveau traçage fut réalisé entre la perte de la chapelle Saint-Donat de Montfort (au pied de la montagne de Lure) et la Fontaine. Ce traçage a établi un record en étant le plus long d'Europe. Il a mis soixante-dix jours pour parcourir 67 kilomètres souterrains. Ces données permettent d'étendre l'impluvium de la Fontaine sur 1 210 km2.

Sur l'ensemble des communes de la montagne, il existe cent trente avens. Les plus importants se trouvent sur Saint-Étienne-les-Orgues (aven des Cèdres, -178 m), Lardiers (aven de Coutelle, -61 m), La Rochegiron (aven du Carlet, -53 m), Banon, (aven du Calavon, -263 m), Revest-du-Bion (aven de la Moutte, -52 m), Noyers-su-Jabron (aven de Piéjapand, -80 m) et Les Omergues (aven de Babaous, -54 m).

Le plus célèbre aven de Lure était l'abîme de Cruis dont le diamètre atteint 33 mètres. Il est entouré de légendes. Les vieux du village disent qu'on y précipitait les femmes adultères, que le prieur de l'abbaye qui voulut l'explorer fut rendu fou par les spectres qui hantaient ce gouffre, enfin qu'un pâtre et son troupeau y avaient été engloutis et que la Fontaine de Vaucluse avait recraché le bâton du berger. Son entrée est aujourd'hui comblée.

Accès et voies de communications

LureSi les passages entre versants sont bien répartis sur la crête, l'opposition adret/ubac est particulièrement contrastée. Le flanc sud quadrillé par beaucoup de chemins, a une pente modérée sauf à l'approche de la crête, tandis que le flanc nord, plus raide avec une pente plus accusée, possède de rares sentiers encombrés par la neige même au début du printemps.

Le signal de Lure, s'atteint de Saint-Étienne-les-Orgues par les D113 et D53. La montée est de 18 kilomètres pour une pente de 5,83 % de moyenne. Cet itinéraire n'a été rendu carrossable qu'au cours de la première moitié du XXe siècle. Il a été tracé à travers une forêt de petits conifères sauf vers le sommet où la végétation est plus rase. Cette route inaugurée en 1941 n'a été goudronnée qu'au cours des années 1960.

Au départ de Valbelle par le versant nord-est, la montée est plus longue puisqu'elle comporte 24 km mais plus facile avec une pente de 4,97 % de moyenne. La route est ombragée jusqu'au pas de la Graille qu'elle atteint par une série de lacets sur 5 km. Le pas de la Graille est un col d'une altitude de 1 597 m situé à quelques kilomètres sous le signal de Lure. Franchi par la route D53, il permet de passer de l'adret à l'ubac vers Noyers-sur-Jabron. Cette route est fermée pendant la saison hivernale. La route reliant Saint-Étienne-les-Orgues à Valbelle permet d'abréger certains parcours.

Ce ne fut qu'à partir du XIXe siècle que deux routes furent rendues carrossables à l'ouest de la montagne de Lure par les cols de l'Homme Mort et du Négron. Le col de l'Homme Mort, quelque fois dit de la Croix de l'Homme Mort, se trouve sur la D63 au nord des Ferrassières. Son nom est une déformation du col de l'Orme Mort. Il permet de rejoindre Montbrun-les-Bains et Barret-de-Lioure. Situé à 1213 mètres, il dominait des anciens alpages actuellement colonisés par les pins et des hêtres. En l'empruntant du côté des Baronnies, on devine encore le tracé de nombreuses drailles. Du col lui-même, on peut rejoindre par l'une de celle-ci, bien tracée à flanc de montagne, un ancien alpage et la cabane de Cyprien.

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Drailles et chemins ...

LureLes drailles, chemins de transhumance ou de déplacement de troupeaux vers de nouveaux pâturages, datent du début de l'élevage lors de la Préhistoire. Leur usage n'est cependant bien renseigné qu'à partir du Moyen Âge, grâce essentiellement aux abbayes. Pour Lure, différents actes des chalaisiens, ordre pastoral, indiquent que les troupeaux de Notre-Dame de Lure et de l'abbaye voisine de Cruis pratiquaient la transhumance inverse, c’est-à-dire allaient hiverner en basse Provence, puis à partir de 1200 sur les terres de l'abbaye chalaisienne de Pierredon, dans les Alpilles.

La transhumance du sud vers le nord, ou transhumance vraie, était aussi pratiquée puisque Lure et ses alpages accueillaient en été les ovins de la Crau et ses forêts de chênes les porcins en automne. On sait qu'en 1409, 7000 ovins estivèrent à Redortiers du 1er mai au 30 septembre. En 1488, se furent 100 porcs venus de Cotignac qui s'installèrent dans les glandages de Redortiers et de Montsalier du 29 septembre à la Noël.

La fréquence de ces allers-retours nécessitait l'existence d'une grande draille. Elle est parfaitement attestée dès 1480, bien que fréquentée sans doute depuis des siècles déjà. Elle atteignait la haute Provence par Viens, passait par l'abbaye de Valsaintes, près de Simiane, remontait sur Banon, pour longer l'adret de la chaîne de Lure jusqu'à La Rochegiron et Saumane, puis traversait la montagne pour atteindre Châteauneuf-Miravail, Saint-Vincent et Noyers, de là elle se dirigeait via Bevons vers Sisteron, porte des Alpes.

La grande draille était soit desservie soit doublée par toute une série d'autres qu'utilisaient les hommes, les transports de marchandises et les troupeaux. L'itinéraire précédent qui traversait la crête de Lure par le col Saint-Vincent (1287 mètres) conduisant les troupeaux du pays d'Aix vers Savines, avait deux variantes. La première passait par la Baisse de Malcor (1 368 mètres) faisant communiquer Lardiers à Saint-Vincent-sur-Jabron, la seconde par le pas de la Graille ou de Frère Jean (1597 mètres) qui unissait Cruis à Noyers-sur-Jabron.

Localement d'autres drailles furent régulièrement empruntées jusqu'au début de XXe siècle. Sont connues celles qui passaient par le pas des Portes (1080 mètres), le pas de la Croix (1502 mètres), le pas de Jean Richaud (1441 mètres) qui permettait de Cruis et de Mallefougasse d'atteindre Valbelle, le pas de la Roche (1314 mètres) qui faisait communiquer La Rochegiron à Montfroc, le col du Négron (1242 mètres) qui menait du Revest-du-Bion à Séderon et le pas de Redortiers (1214 mètres) qui, de Banon par le Contadour, permettait d'atteindre Les Omergues.

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Géologie ...

GéologieLe premier à avoir entrepris une étude sur la géologie de la montagne de Lure fut Wilfrid Kilian, un géologue français, originaire de Schiltigheim. Inscrit à la Sorbonne pour passer une licence de géologie, il fut remarqué par Edmond Hébert. C'est sous sa direction qu'il paracheva sa thèse de doctorat. Il la présenta avec succès en 1888, et obtint le grade de docteur es sciences. D'emblée, cette thèse, où il s'affirmait comme stratigraphe et paléontologiste, fut considérée comme magistrale puisqu'il y établissait pour la première fois « une échelle biostratigraphique précise pour le Jurassique terminal et le Crétacé inférieur subalpin, susceptible d'être étendue à l'ensemble des chaînes subalpines méridionales. »

Formée au début de l'ère tertiaire, à l'Éocène, il y a 40 à 35 millions d'années, par le soulèvement du bassin sédimentaire de Forcalquier, dans la phase de formation des plissements pyrénéo-provençaux, la montagne de Lure est un anticlinal issu du même système que le mont Ventoux. Le chevauchement vers le nord de cet anticlinal s'est accentué dans la seconde moitié du Miocène, soit entre 10 à 6 millions d'années. La montagne est composée principalement de roches sédimentaires originaires du Crétacé et du Jurassique. Elles se diversifient en calcaires à silex, strates marno-calcaires et marnes. Ce substrat calcaire a façonné le paysage puisque les roches les plus dures du Tithonien ont formé des escarpements et des petites falaises. Tandis que les marnes, plus tendres, ont composé des reliefs plus doux aux formes arrondies qui se retrouvent dans les ravines. Les éboulis recouvrent localement des surfaces importantes en pied de versant ou de barres rocheuses.

Sur le pourtour de la montagne, des nodules d'ambre (résine fossile) ont été découverts dans es sédiments marins à céphalopodes du Crétacé. Ces sites se rattachent à l'Albien supérieur (Ongles) et au Cénomanien inférieur (Saint-Étienne-les-Orgues, Aubignosc). Ces ambres, par leurs caractéristiques spécifiques, se distinguent à la fois des ambres plus récents du Crétacé supérieur provençal (Santonien), mais aussi des ambres tertiaires de la mer Baltique. Ces nodules de résine fossilisés ont été apportés par des courants marins avant de se sédimenter sur les hauts-fonds du secteur Ventoux-Lure. La présence de cet ambre témoigne de terres émergées proches qui sont apparues lors des mouvements tectoniques de l'Albo-cénomanien.

hydrographie ...

Le réseau hydrique de Lure est assez diversifié entre l’ubac et l’adret de la chaîne. Sur le versant nord les cours d’eau sont typiquement des torrents, au sud on trouve essentiellement des vallées sèches et des riailles qui confluent avec trois rivières alimentées surtout par les pluies et la fonte des neiges.

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Types de cours d'eau ...

JabronTous les ruisseaux issus de l'ubac sont des torrents constitués au sommet d’un amphithéâtre qui draine les eaux vers un lit à forte pente qui se finit par un cône de déjection. De régime pluvial, ils sont le plus souvent à sec et ne se remplissent que par gros orages (ex : 9 janvier 1994 après une chute de 300 millimètres d’eau en 24 heures).

La vallée sèche est un talweg situé sur l'adret sans l'écoulement apparent ou à écoulement très épisodique. Ce type de fonctionnement est dû tant à la sécheresse estivale qu'au faciès karstique du calcaire qui entraîne de rapides pertes d'eau. Le creusement de ces vallées sèches remonte aux deux grandes glaciations du Quaternaire.

La riaille est un ruisseau semi-permanent alimenté par des sources qui coulent au moins au cours de l'hiver. La plus connue est la riaille de Banon qui passe sous le village ruiné de Redortiers, résultat de la confluence du ravin de la Croix et du ravin de Font-Brune alimenté par les sources du même nom. Ce type d'alimentation se retrouve dans quelques affluents de la Laye près de Saumane.

Les rivières ...

Le Jabron : La vallée du Jabron marque la frontière entre la montagne de Lure et les Baronnies. Elle est orientée ouest/est et le régime de cette rivière est pluvial en dépit de ses affluents dont la majorité descendent de la rive droite que domine la chaîne de Lure. Sur la rive gauche, le torrent coule aux pieds des montagnes de Palle (Les Omergues), du Pied du Mulet (Curel), de Mare (Saint-Vincent-sur-Jabron) et de l’Ubac (Noyers-sur-Jabron).

Lauzon, Largue et Laye : Le Lauzon, le Largue et la Laye se situent au sud-est de l'adret de Lure et sont assez semblables. La direction de leurs lits est nord/sud et leur type d'alimentation hydrique est divisé en quatre secteurs successifs identiques. Tout d'abord les vallées sèches de montagne qui ne leur fournissent qu'un apport épisodique. Vient ensuite le bassin de Saint-Étienne/Cruis avec quelques sources, dont les Neuf-Fonts, qui alimentent des riailles. Le seul véritable apport d'eau commence dans le secteur collinaire marno-gréseux du Crétacé aux couches imperméables qui drainent vers leurs lits les eaux de ruissellement puis celui des vallées incisées du bassin oligocène de Forcalquier qui jouent le même rôle. Ces trois rivières sont donc typiques du régime pluvial méditerranéen avec une alimentation hydrique due uniquement aux précipitations automnales et à la fonte des neiges. Ce régime implique de grandes disparités à l'exemple du Lauzon dont le débit moyen est de 0,96 m3/seconde et qui est passé le 7 janvier 1994 à 73m3/seconde.

Sources, fontaines, puit et citernes ...

Les sources sont rares, surtout sur le versant méridional où aucun ruisseau permanent n'existe. Absorbée par le sol fissuré (relief karstique), l'eau de ruissellement resurgit à la Fontaine de Vaucluse qui se trouve à 60 kilomètres ou rejoint la Durance et ses affluents. Il existe plus de sources sur l'ubac que sur l'adret de Lure. Certaines sont captées depuis des siècles et ont permis d’alimenter les fontaines et les lavoirs communaux. On trouve aussi des sources non pérennes, généralement sur le versant nord qui sont désignées sous le nom de sorgue. La rareté des sources sur l'adret les a faites soigneusement protéger pour servir à l'usage public. Après captage, elles ont été le plus souvent conduites vers des lieux habités (villages ou hameaux), fréquentés (chapelles) ou de passage (carrefour, draille). Les plus récents aménagements datent du XIXe siècle et comportent toujours une fontaine et un lavoir couvert à double bac.

Le second problème crucial, spécifique à un pays calcaire, a été celui de la conservation de l'eau potable. Jusqu'au XIXe siècle certains villages ou hameaux devaient se contenter d'un puit communal, creusé dans une nappe phréatique peu profonde – donc rapidement tarissable – et de citernes pour stocker l'eau. Le remplissage de celles-ci était aisé puisqu'elles étaient remplies par la récupération des eaux pluviales par les toitures. Comme il tombe environ 1000 millimètres d’eau par an sur Lure, cela permettait une large récupération d'eau de pluie qui était d'abord dirigée vers une serve (décantoir) pour se purifier avant d'être stockée dans une citerne maçonnée et généralement recouverte d'une voûte en pierre sèche. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que toutes les agglomérations ont pu être desservies par des eaux de sources souvent captées fort loin. Le problème de l'alimentation en eau courante n'a été résolu que dans la seconde moitié du XXe siècle par pompage des eaux de la Durance.

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Glacières ...

ClacièresUn certain nombre de sites dans la montagne étaient aptes à conserver la neige d'hiver toute l'année après tassage dans une excavation qui était ensuite plus ou moins bien isolée au niveau de son ouverture. Ces lieux étaient arrentés à des particuliers qui, par contrat, s'engageaient à fournir, dès le XVIIe siècle, de la glace à la demande des nantis (nobles et bourgeois) d'Apt, de Manosque, de Sisteron, de Forcalquier et de Digne.

Le nom de ces glacières se retrouve dans la toponymie de Lure. Sur la commune de Saint-Étienne-les-Orgues se trouvent à l'ouest de la station de ski, la combe des Glacières et la bergerie ruinée des Glacières (1355 m), ainsi que le Pas des Glacières et le quartier des Glacières (entre 1400 et 1450 m). Existent sur celle de Châteauneuf-Val-Saint-Donat, le jas des Glacières et le ravin des Glacières (1267 m). Sur Montbrun-les-Bains, à l'ubac de Lioure, se trouve également un sommet des Glacières (1200 m).

Quelques glacières bâties au pied de Lure attestent du stockage de la glace comme à Sisteron où la glacière a été détruite en 1855, à Aubignosc, où il en fut construite une à la bastide du Gravas au cours du XVIIIe siècle, et à Lardiers où elle fut désaffectée à la fin du XIXe siècle.

Climat ...

climatCe massif possède toutes les caractéristiques climatiques des Alpes du Sud, dont il est, avec le mont Ventoux, le chaînon le plus occidental. De méditerranéennes au bas, elles évoluent en fonction de l'altitude vers un climat tempéré puis continental de type montagnard au sommet. Lure ne possédant pas de station météo, l'analyse de son climat a été réalisée à partir des données fournies par des stations de basse altitude comme celles de Saint-Étienne-les-Orgues (687 mètres), Banon (810 mètres) et Châteauneuf-Miravail (660 mètres). Pour obtenir des séries météorologiques plus longues, seule la station de Saint-Auban (457 mètres) permet de mieux appréhender les caractéristiques du climat de la montagne de Lure. L'étude de ces données a permis de déterminer deux constantes. La première indique qu'à 800 mètres d'altitude, la moyenne annuelle des températures est de 10 °C pour un cumul de précipitations de 1000 millimètres. La seconde concerne la crête qui culmine à 1 826 mètres et où la température moyenne est de 6° pour des précipitations de 1300 mm/an.

L'importance des précipitations jointe à la rigueur hivernale avaient imposé à la partie sommitale un manteau neigeux qui a commencé à diminuer sous l'influence du réchauffement climatique. Jusqu'à présent celui-ci n'a pas influencé le rythme des précipitations qui reste de type méditerranéen. À la sécheresse estivale succède toujours des séquences de pluies torrentielles comme celles des automne/hiver de 1976 et 1994 ou des longues séquences comme celles de 1960 où il a plu pendant 77 jours consécutifs. Le massif a été aussi touché par des vagues de froid intenses. Il reste trace de celle de 1887 où la température n'a pas dépassé -5 °C pendant trois mois et bien sur le gel de 1956 avec ses 20 jours à -26 °C.

La montagne de Lure, tout comme le département des Alpes-de-Haute-Provence, est l'une des régions des Alpes où le nombre de jours d'orages est supérieur à la moyenne. On compte plus de 40 jours par an essentiellement réparti sur cinq mois. Le plus orageux est celui de juin, suivent juillet et août, puis mai et septembre. Les précipitations qui s’ensuivent sont d'une grande violence. Il n’est pas rare de relever plus de 100 millimètres d'eau et beaucoup plus localement.

Ces trombes d'eau, très concentrées dans le temps et l'espace, gonflent les rivières et torrents qui enflent en quelques minutes et forment un front qui est un véritable mur d’eau. C’est le morent qui dévale un talweg généralement à sec et qui emporte tout sur son passage. Ce type très rapide de montée des eaux est spécifique de rivières comme le Lauzon, le Largue et la Laye.

Vents ...

VentsLe Mistral : Ce vent est le plus fort qui souffle sur Lure où il a des pointes jusqu’à 100 km/h. Glacial en hiver, il provoque en revanche au printemps un effet de foehn qui assèche l’air et induit un réchauffement sur toute la face sud de la chaîne. Il souffle en moyenne 50 jours par an, peu ou prou, puisque ses deux extrêmes sont 10 jours et 90 jours. Si ce vent est courant au cours du mois d'avril, il devient beaucoup plus rare en juin et en octobre.

Aura Bruna : C’est une sorte de foehn, un vent chaud qui souffle en hiver. Non seulement il ne chasse pas les nuages mais apporte avec lui des nuées noires. Ce vent fantasque, qui souffle aussi bien de l'est que de l'est-nord-est ou du nord, est assez chaud pour faire fondre la neige en particulier à la station de Lure qui peut perdre un mètre de poudreuse en deux jours. Cette rapidité de fonte engorge d'eau les champs et les chemins qui deviennent impraticables à cause de la boue. L'aura bruna est considérée sur place comme le plus mauvais vent de la montagne.

Autres Vents : Après le mistral et l'aura bruna vient le marin, dit encore marinade, un vent qui vient de la mer Méditerranée et souffle du sud-est. Il apporte toujours la pluie. Deux vents de montagne suivent, la montagnière, qui vient du nord-est et le levant, qui souffle de l'est et uniquement à l'aube. Le seguin est le vent du soleil. Il vient du sud-est et ne souffle que l'été de la fin de la matinée jusqu'à ce que le soleil se couche.

Ces vents, tous plus ou moins bénéfiques, ont leurs pendants en vents plus redoutés. Il existe un mistral bastard. C'est le nom donné à un vent venu du nord-nord-ouest, le vrai mistral soufflant du nord-ouest, et qui produit les mêmes effets que lui. Le long de l'ubac de Lure, dans la vallée du Jabron, descend le rosau, le vent du Rhône, chargé de nuages. Toujours dans la même vallée souffle la traversière, dite aussi mistral de l'ouest. Ces deux vents sont craints pour leur violence. Ultime vent répertorié soufflant sur Lure, la rispa ou cisampa. C’est une bise glaciale d'hiver qui, suivant sa fréquence, peut compromettre les récoltes fruitières.

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Ecosystèmes ...

ecosystèmesFlore : En dépit de sa situation sur une dalle de calcaire, plus ou moins rigide et plane, car largement arasée, la montagne de Lure possède une grande diversité de paysages et d'espèces végétales à travers toute sa chaîne. Sa position méridionale dans les Alpes-de-Haute-Provence lui impose un climat supra-méditerranéen teinté d’influences continentales. Entre 600 et 1800 mètres, il confine au montagnard supérieur. Une végétation subalpine, variée mais pauvre en quantité, s'est développée au niveau des plus hautes crêtes, dans les situations les plus froides et les plus exposées.

Sur les versants, c'est la forêt qui domine. Il s'agit de grandes forêts domaniales ou privées (forêt de Cruis, bois du Défends, forêt de Saint-Étienne, bois Croumpa, etc.) Elles se composent de chênes pubescents, de pins sylvestres sur l'adret, tandis que l'ubac accueille des hêtres, qui peuvent ponctuellement s'associer au sapin blanc (Abies alba). La chênaie occupe le versant sud jusqu'à 800 à 1000 mètres et localement monte à 1100 mètres sur le flanc est. Ponctuellement se rencontrent des zones de pins noirs d'Autriche implantées lors des reboisements.

C'est ici que Natura 2000 a caractérisé une hêtraie acidophile fort rare en Provence. La protection de l'ensemble forestier a permis d'établir un conservatoire de gènes in situ pour le hêtre et le sapin. Pour cette dernière essence, c'est l'écotype de Lure qui a été retenu au niveau national pour le programme forestier européen. De plus le site est d'un intérêt primordial pour sa forêt modérément exploitée. Cette gestion a permis le développement d'une biodiversité importante, tant dans la forêt que sur les écotones et les milieux ouverts associés.

Les hêtres occupent l'étage montagnard, situé entre 1000 et 1700 mètres. Au pas de la Graille, jouxtant la partie supérieure de la hêtraie, s'est développée une lande à Genista radiata, rare dans les Alpes françaises. Il est à noter que sur l'ubac, les hêtres ont laissé la place à un reboisement de mélèzes d'Europe. Deux autres essences appartiennent à cet étage, le pin sylvestre, qui pousse mêlé au hêtre et au chêne pubescent, et le sapin blanc. Ce dernier partage le même habitat que le hêtre sur les versants nord et sud dans les zones les plus humides et les plus froides.

Sur la crête, s'étagent d'abord les essences subalpines telles que le mélèze, l'épicéa et le pin à crochets puis des formations basses où se retrouvent des landes à genévrier nain et des pelouses à brome.

La flore, d'une grande valeur patrimoniale, possède vingt-sept espèces végétales déterminantes, dont six sont protégées au niveau national. Il s'agit de l'ancolie de Bertoloni, qui est endémique, de la gagée des prés, de l'orchis de Spitzel, du Panicaut blanche-épine, de la pivoine velue et de la tulipe de l'Écluse. Huit autres espèces sont protégées en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la lunetière à tige courte, la dauphinelle fendue, l'euphorbe de Loiseleur, le grand éphédra), la gesse de Vénétie, l'orchis très odorant, le pâturin hybride et le genêt à rameaux rayonnants. D'autres espèces sont plus spécifiques à l'ubac comme la pivoine officinale et le jasmin ligneux

Champignons : Il y a dans Lure de nombreuses espèces liées aux différents peuplements forestiers et à l'étagement de la forêt entre 600 et 1 800 mètres. Parmi les champignons comestibles, les plus prisés sont :
Les morilles ou barigoules, champignons de printemps, qui affectionnent les brûlis ou les passages dégagés à la broyeuse. Ils sont suivis dans le temps, vers la Saint-Jean d'été, par les girolles ou chanterelles qui foisonnent après les pluies aux pieds des hêtres. À la même période, la mi-juin, apparaissent les premiers cèpes et bolets qui poussent en colonies dans les hêtraies et les chênaies. Un mois plus tard, vers la mi-juillet, peut se rencontrer l'oronge ou amanite des césars. C'est un champignon aussi rare que délicieux. Quelques fois, au début août, dans les alpages se trouve un agaric, le rosé des prés, qui est le champignon de Paris à l'état sauvage.

Après le 15 août et jusqu'aux premières gelées, on assiste à une reprise des girolles et chanterelles ainsi que des cèpes et des bolets, mais en moindre quantité qu'au printemps. En revanche, début septembre, commence la saison d'autres champignons qui arrivent en quantité. Ce sont le lactaire délicieux ou pinin, qui doit être cueilli de bon matin, le pied bleu qui prolifère en rond de sorcière, le coprin chevelu, la russule charbonnière, le griset, champignon emblématique de la chaîne Ventoux/Albion/Lure, la trompette de la mort dont le nom commercial devient de plus en plus la trompette de l'amour. Nombre de ces champignons ne sont pas récoltés par les locaux qui se contentent de trois ou quatre espèces bien identifiées.

En fin arrive le cavage de la truffe noire, ou Tuber melanosporum, qui se fait entre novembre et mars en dessous de 1100 mètres d'altitude. Sur l'adret, elle se trouve sur les communes de Banon, jusqu'à 800 mètres, et de Redortiers à la limite de 1 000 mètres. Sur l'ubac, où l'on trouve de véritables truffières, dont quelques-unes de plusieurs hectares, elle se récolte entre Saint-Vincent-sur-Jabron et Montfroc, de 600 à 800 mètres d'altitude.

Faune : Lure abrite une faune d'un intérêt biologique très élevé. On y a relevé quarante espèces animales patrimoniales, dont vingt-deux espèces déterminantes. C'est un site majeur pour la vipère d'Orsini et d'une très grande richesse en papillons et coléoptères.

Mammifères : La montagne est peuplée de grands ongulés, parmi lesquels des cerfs élaphes, des sangliers, des chevreuils et des chamois.

Le site abrite nombre de chauves-souris dont une forte population de barbastelle et trois espèces d'oreillards. Il a été identifié le grand rhinolophe, le petit rhinolophe, la barbastelle d'Europe, le grand murin, le petit murin, le vespertilion de Capaccini, le vespertilion de Bechstein et le minioptère de Schreibers. On y trouve aussi des blaireaux, des renards ou encore, parmi le petit gibier, des lièvres, des lapins, des perdrix, des grives, des bécasses et de rares coqs de bruyère.

Le loup et l'ours étaient présents dans la montagne de Lure jusqu'à la période moderne. Pour ce dernier, en atteste toujours la combe de l'Ours.

Depuis le milieu des années 1990, les spécialistes prévoyaient le retour du loup en Haute-Provence où cerfs, sangliers, chamois et chevreuils n'avaient aucun prédateur naturel. En 2003, ce furent quarante à cinquante individus tout proches qui furent comptabilisés. La vallée du Jabron fut leur premier lieu de passage. Lors de l'été 2006 puis au cours de l'hiver 2006/2007, des observations visuelles et des carcasses de proies sauvages furent relevées sur l'ubac et l'adret de Lure. La présence du loup fut confirmée par l'analyse d'une crotte relevée en juillet 2006 sur la commune de Saint-Étienne-les-Orgues. Conséquence logique, dans le mont Ventoux, les premiers indices de présence furent détectés durant l'été 2007, par observations visuelles, puis par des carcasses de proies sauvages en 2008 et 2009.

Oiseaux : L'avifaune est variée. Elle se compose d'oiseaux rupicoles tels que le vautour fauve, le faucon pèlerin, le grand-duc d'Europe, le monticole de roche, le crave à bec rouge et le bruant fou.

Viennent ensuite des espèces forestières comme l'aigle royal, l'aigle botté, le tétras lyre, la gélinotte des bois et la chouette de Tengmalm.

Enfin, on trouve des espèces liées aux milieux ouverts et d'affinité méditerranéenne dont le circaète Jean-le-blanc, le busard cendré, la huppe fasciée, le petit-duc scops et le guêpier d'Europe. D'autres espèces comme le merle de roche, le traquet motteux, le pipit spioncelle, le petit gravelot, l'œdicnème criard, le pic noir et le torcol nidifient plus dans l'ubac

Reptiles : L'herpétofaune est composée de vipères d'Orsini, de vipères aspic, de couleuvres, de lézards verts et de lézards ocellés.

Insectes et Papillons : Les espèces déterminantes de lépidoptères sont représentées par la laineuse du chêne, l'azuré du Serpolet, protégé au niveau européen, le sablé provençal, papillon présent uniquement dans les six départements méridionaux et alpins dont la chenille se nourrit de sainfoin, la proserpine, espèce en régression qui se retrouve jusqu'à 1 500 mètres d’altitude, la diane, espèce devenue assez rare, le semi-apollon, espèce protégée au niveau européen, dont la chenille vit sur la corydale à bulbe plein, entre 500 et 2200 mètres d’altitude, la zygène de la Vésubie, espèce endémique des Alpes du sud franco-italiennes, le sphinx bourdon, espèce se raréfiant qui se rencontre jusqu'à 2000 mètres d’altitude.

Toujours parmi les papillons, dans la catégorie des espèces remarquables se placent trois espèces protégées au niveau européen, l'apollon, espèce typiquement alpine, le damier de la Succise, espèce que l'on trouve jusqu'à 2 600 mètres d’altitude, l'écaille chinée, espèce d’affinité méridionale.

Les arachnides sont représentées par le scorpion noir des Carpates (Euscorpius carpathicus).

Parmi les orthoptères figure la Magicienne dentelée, espèce déterminante d’affinité méridionale, protégée au niveau européen. Entomophage, elle se nourrit de sauterelles et criquets.

Enfin, chez les espèces déterminantes de coléoptères, sont présents dans la montagne la lucane cerf-volant, le grand capricorne, le carabe doré, espèces protégées en France, le carabique Duvalius muriauxi, espèce endémique des Alpes-de-Haute-Provence où on ne le rencontre que sur le versant nord de Lure, la rosalie des Alpes, liée aux hêtraies, l'athous frigide, espèce endémique franco-italienne en limite d'aire, le charançon Polydrusus alchemillae, espèce localisée au col de la Cayolle, présente jusqu'à 2 100 mètres d’altitude, l'otiorhynque putoni, espèce endémique du mont Ventoux, au-dessus de 1 400 mètres d’altitude, qui se retrouve dans les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, l'otiorrhynque fagniezi, espèce endémique du mont Ventoux où elle est commune au-dessus de 1 600 mètres, Pseudorhinus impressicollis subsp. ventouxensis, espèce endémique des départements des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, l'osmoderme ermite ou barbot ou pique-prune, espèce typiquement forestière.

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Abbaye Notre-Dame de Lure

ND LureL'abbaye Notre-Dame de Lure est située, à 1 220 mètres d'altitude, dans une doline de 20 mètres de large sur 15 mètres de profondeur. Elle a été fondée par l'abbaye de Boscodon, fille de l'abbaye Notre-Dame-de-Chalais, et construite, dès 1166, sous la responsabilité de Guigues de Revel. L'acte de donation fut confirmé en 1207. Il y était fait mention, entre autres, d'un cellier, sis près de Saint-Étienne-les-Orgues, donné par Guillaume IV de Forcalquier, en novembre 1191. S'y ajoutaient les prieurés donnés à l'abbaye dans le pays d'Aigues, la région de Manosque et la vallée du Jabron.

Comme en 1303, l'abbaye de Chalais avait intégré l'ordre des cisterciens, celle de Lure demanda d'être rattachée aux dominicains d'Aix. Ce fut Jean XXII qui régla son sort, en 1317. L'abbaye fut rattachée au chapitre de la cathédrale Notre-Dame des Doms d'Avignon. Dès lors, la règle se relâcha et il y eut de moins en moins de moines qui restèrent l'hiver à l'abbaye. Ils préféraient descendre à leur cellier qui fut désormais rebaptisé l'Abbadié (l'abbaye). En 1481, sous le pontificat de Sixte IV, Notre-Dame de Lure fut sécularisée.

Placée désormais sous l'autorité d'un abbé commanditaire qui ne résidait pas, l'abbaye périclita. Elle fut brûlée, en 1562, au cours des guerres de religion, le même sort fut réservé à l'Abbadié, en 1578. En cette fin de XVIe siècle, Lure était en ruines et ne servit plus que de refuge aux bergers et aux bûcherons. Mais en 1636, le conseil de ville de Saint-Étienne et le clergé local décidèrent de faire restaurer les lieux. Des travaux furent entrepris tant sur l'abbatiale, que sur l'ermitage, la fontaine et la citerne. Ils s'achevèrent en 1659.

En 1790, l'abbé commanditaire se vit dépouiller de ses ressources par la vente des terres agricoles de Lure. Le conseil municipal de Saint-Étienne, quant à lui, se porta acquéreur, le 4 avril 1791 de l'abbaye et de ses communs ainsi que de la source. Petit à petit les abords furent aménagés par la plantation de vingt-deux tilleuls, en 1824, la restauration de l'ermitage, en 1828, et celle de la façade en 1879. Une nouvelle campagne de restauration s'est ouverte en 1975.

Les charbonniers de Lure ...

charbonniers LureOn ne peut pas parler de la montagne de Lure sans parler de ses charbonniers.

Le principal de la déforestation fut dû aux charbonniers qui durant une grande période et jusqu'au milieu du XXe siècle, occupèrent et rasèrent les forêts de Lure. Certaines charbonnières peuvent dater du Moyen Âge. Les sites étaient réutilisés dès la repousse soit environ tous les vingt-cinq ans. Il y avait avantage à réoccuper ces lieux car le nivelage du sol était réduit et la charbonille de la meule précédente facilitait l'allumage de la nouvelle. Cette activité s'étendait de mai à novembre.

Menant en forêt la vie précaire des tâcherons, ils élevaient des chèvres pour leur lait. Mais celles-ci, considérées comme un facteur de déboisement, les gardes-forestiers n'en toléraient qu'une pour un couple de charbonniers, deux s'il y avait des enfants. Outre le lait et le fromage, quelques poules, des pommes de terre troquées contre des travaux dans les champs, de la polenta, des produits de la chasse et de la cueillette composaient le quotidien.

Produire cinq tonnes de charbon de bois exigeait d'une famille un mois de travail. Ces couples venus tout d’abord d’Auvergne cédèrent leur place, au milieu du XIXe siècle, à ceux originaires du Piémont ou de Lombardie.

Encrassés par le charbon, ces étrangers furent toujours assez méprisés des autochtones. Beaucoup se firent naturaliser avant la Seconde Guerre mondiale pour échapper aux lois limitant l'emploi des immigrés.

Les charbonniers de Lure avaient fort mauvaise réputation. Dans Regain de Marcel Pagnol, Arsule (Orane Demezis) qui suit le rémouleur Gédémus (Fernandel) a été violée par eux. Quant à Pierre Magnan, dans son roman"Les charbonniers de la mort" qui se déroule en 1910, il narre l'histoire d'un charbonnier qui arrive à Combe-Madame, dans Lure, où son frère Attilio, lui aussi charbonnier, arrondi son pécule en vendant un aphrodisiaque. Il lui apporte un adjuvant qui doit rendre plus digeste la drogue proposée aux notables du village. Mais leur fête galante de la Saint-Pancrace approche et le petit Rosito est déjà parti livrer les cornets de poudre. Au cours de ces ripailles il va y avoir des morts. L'enquête qui s'en suit mène sur la piste d'"un enfant sur un âne, qui portait dans sa main comme un bouquet de cornets gris, et laissait derrière lui une odeur de souris".

Le dernier charbonnier de Lure fut Second Usseglio, piémontais né en 1920 dans la province de Turin. Devenu orphelin de mère, il vécut toute son enfance sur le lieu de travail de son père, une cabane de charbonnier. Scolarisé à Saint-Étienne-des-Orgues, il lui fallait trois heures de marche aller-retour pour se rendre en classe. Ce ne fut qu'après le certificat d'études qu'il quitta l'école, afin de pouvoir travailler avec son père. Devenu charbonnier à treize ans, il fut chargé d’abattre les arbres. Une charbonnière nécessitait deux cent-cinquante stères de bois. Il apprit le métier en se blessant trois fois avec sa hache et s'y rompant le dos. Pendant la guerre, Usseglio fut réquisitionné par le STO dans le Nord de la France d'où il s'échappa pour revenir se cacher dans la montagne de Lure. Après 1945, il changea de métier et entra en apprentissage chez un boucher charcutier. Ayant obtenu la nationalité française, il ouvrit sa propre boucherie à Ménerbes, dans le Luberon. Il y exerça pendant trente-quatre ans avant de venir prendre sa retraite à Saint-Étienne-les-Orgues.

Sources et liens ...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Montagne_de_Lure
Le site de Saint Etienne les Orgues
Atitude Rando
Document très complet sur la montagne de Lure (fichier PDF)

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